zondag 5 december 2021

Voyage dans ma chambre d'Alès

 


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(D'après "Voyage dans ma chambre", Xavier de Maistre, 1794) 

Ce voyage a duré plus de 2 ans, de mi-Mai 2019 à mi-Octobre 2021, bien qu’interrompu deux fois par une hospitalisation pour une opération. La chambre faisait 36 m2, rangement et salle de bains compris, soit une surface au sol de 6 mètres sur 6, divisée par des cloisons. De temps en temps, il fallait marcher « à l’égyptienne », c’est-à-dire avec le corps de biais, d’autant qu’il y avait un lit de 2 mètres sur 2 au milieu de la pièce, ce qui équivaut à un obstacle de 4 m2 au milieu du séjour ! 

Pour mes amis, j’ai décrit ce logement comme une caravane sans roues, car en un rien de temps j’avais tout à portée de main : petite cuisine, machine à laver, four, petite table pour manger, livres et DVD, vêtements, chaussures, outils, salle de bains (même avec baignoire !), du matériel pour la peinture, ainsi qu’une table de travail avec imprimante et ordinateur. Ma fille m’a aidé en apportant une chaise de bureau qu’elle avait dénichée dans une poubelle près de la maison.
Dès que j’avais vu cet espace vide à ma première visite, j’avais trouvé l’atmosphère relativement agréable : murs peints en blanc, portes dans des tons gris neutres ; il y avait même un débarras avec des étagères, le chauffage central. Le seul inconvénient était un élément de cuisine très minime, et par conséquent, la première chose que j’ai faite après avoir eu les clés, a été de monter une cuisine plus fonctionnelle avec du bois que j’avais en réserve, de fabriquer des étagères, un plan de travail et une plaque de cuisson qui manquait. J’ai peint le tout de couleur anthracite, commençant ainsi à améliorer l’espace pour plus de confort au quotidien, en installant rideaux et lampes, plus un projecteur pour visionner des films sur grand écran. J’y ai ajouté une table de patio avec chaises pliantes pour recevoir les visiteurs, vu qu’on ne peut pas dignement les inviter à s’installer sur le lit, sauf exceptions !


En y vivant au quotidien, avantages et inconvénients sont apparus. Tout d’abord l’avantage d’un loyer relativement bas pour quelqu’un comme moi, aux revenus limités. Ensuite, la commodité de pouvoir nettoyer le tout en 15 mn avec un balai et un aspirateur (d’occasion), et celle de parcourir de courtes distances pour cuisiner et manger ! Fenêtres orientées à l’Est, donc toujours du soleil le matin par beau temps dans l’appartement. Si j’étais fatigué ou avec des douleurs musculaires, possibilité d’un bain pour chouchouter le corps. La détente avec les films en grand format projetés sur le mur, avec un bon son.
Puis l’hiver est arrivé, la température a considérablement baissé parfois jusqu’à zéro, et il s’est avéré que la pièce pouvait à peine être chauffée. En effet, c’est un immeuble des années 70 avec beaucoup de béton et un plancher non isolé ; je suis situé au rez-de-chaussée, dans un appartement sans voisins directs, et à côté d’un long mur adjacent à l’entrée laissant pénétrer le froid. Sans compter une très vieille chaudière (qui a depuis été renouvelée), et des radiateurs qui ne remporteront jamais un prix de beauté ! Ces hivers là, je portais des sous-vêtements thermiques, j’enfilais des gilets épais, et je plaçais un radiateur électrique à bain d’huile près des jambes pour ressentir encore un peu de chaleur.  Néanmoins, dormir dans ce froid n’était pas un problème avec une couette convenable.
Le deuxième inconvénient concernait mon métier : peindre des tableaux, au moins dans un format auquel j’étais habitué, une toile d’un mètre carré minimum. Or, ce n’était tout simplement pas possible dans cet appartement, d’abord parce qu’il fallait pouvoir prendre du recul pour évaluer la toile en cours de travail ; ensuite il n’y avait pas de place pour la poser par terre, mon lit n’étant pas un lit gigogne. Je n’avais donc pas d’autre choix que de travailler à petite échelle, ce que j’ai fait. Ah, … comme j’ai regretté le studio que j’avais auparavant à Amsterdam, à Bali, puis au château en France ! … 


Debout dans cet espace limité actuel, je me mettais à fantasmer en voyageant virtuellement par ordinateur, puisque heureusement la connexion internet était bonne, surtout avec la fibre optique. Je me sentais comme un vrai surfeur sur les ondes électroniques ! Par exemple, j’allais régulièrement à Amsterdam, je retournais à Bali (où Google Streetview fut également disponible entre temps), dans la villa où j’habitais. J’ai survolé des paysages magnifiques et particuliers à l’intérieur et à l’extérieur de l’Europe. J’ai suivi les informations du monde entier, et, grâce à des amis, j’ai pu regarder d’intéressantes émissions de télévision néerlandaises et/ou suivre l’actualité. Plus de 6 mois plus tard, en Mars 2020, le Covid-19 a fait son apparition, et je n‘ai pas tardé à être condamné, comme beaucoup d’autres, à rester confiné à l’intérieur. Tout au plus je sortais pour acheter des produits de première nécessité ; ainsi, pendant longtemps, je n’ai vu que le personnel du supermarché le plus proche. A chaque sortie, il fallait remplir une attestation expliquant pour quel motif on quittait la maison. Cependant, toutes sortes de messages humoristiques passés par divers médias ont permis de garder le moral, même si, dans mon cercle d’amis, tout le monde a trouvé la situation étrange et incertaine. Les personnes disposant d’un jardin, d’un balcon ou d’une terrasse, ainsi que celles ayant un chien furent celles qui se plaignirent le moins, étant privilégiées pour être en extérieur.

Mon évasion - pour interrompre ce voyage à travers une pièce - s’avéra inattendue.
Au printemps, je me suis soudain senti étouffer ; j’ai alors pensé qu’il s’agissait peut-être d’un des symptômes du Covid-19. M’asseoir, m’allonger, marcher dans la pièce n’a pas aidé ma respiration, et après plus d’une heure ainsi, j’ai décidé d’appeler une ambulance. Sur une civière d’hôpital une heure plus tard, j’ai passé la nuit en observation sous oxygène. Un cardiologue de garde a décidé le lendemain matin que j’avais besoin d’un examen cardiaque complet pour vérifier vaisseaux et ventricules avec une minuscule caméra. Cela devait avoir lieu dans un autre hôpital de Nîmes plus spécialisé. En fait, mon propre cardiologue avait déjà préconisé un tel examen, mais la pandémie et les annulations de traitements associés avaient interrompu le processus. Après une heure de route en ambulance, le bilan cardiaque a finalement pu être réalisé le jour même en situation d’urgence, grâce aussi à toutes les annulations d’opérations non essentielles. La conclusion en fut que je devais subir rapidement une intervention chirurgicale pour fournir à mon cœur 4 diversions que l’on appelle « pontages ». Au réveil de l’examen, je n’avais aucune idée de ce dont parlait le médecin ; j’ai donc hoché la tête en signe d’accord. Ce n’est qu’à mon retour en service de soins cardiaques que j’ai pu trouver en ligne ce dont il s’agissait, et ce fut bien sûr un choc, d’autant plus que je n’ai pas pu recevoir de visite pour partager cette nouvelle, car le chagrin partagé est finalement un demi chagrin. Après deux jours de solitude - bien que le personnel soignant ait été très attentionné - j’ai accepté le destin et j’ai tout laissé venir à moi, y compris le fait qu’il faille m’ouvrir la poitrine et que des vaisseaux seraient également transplantés de mes jambes. L’opération et la convalescence se sont bien passées, mais un retour dans ma chambre n’était pas encore envisageable. La rééducation a eu lieu dans une clinique spécialisée d’Avignon. Trois semaines de vélo, des exercices de respiration, de nombreux médicaments, un contrôle des cicatrices, et me voilà à nouveau un homme libre ! On peut dire que j’ai utilisé la période de confinement de manière très efficace, car à la sortie de la clinique il y a eu des mesures d’assouplissements de la part du Gouvernement pour augmenter la liberté de circuler de chacun.

Pourtant, en parlant de liberté de mouvements, celle-ci restait - sauf dans ma tête - très limitée dans ma pièce, et je dépendais de cet espace pour la poursuite de la récupération, qui s’est d’ailleurs bien passée. Ce qui m’a fait du bien, à l’hôpital et après sa sortie, ce fut d’écrire des « Haïkus », puis de les publier dans un petit livret à vendre aux amis et connaissances. Textes sur le virus Corona, sur les saisons et les découvertes de la chirurgie cardiaque. Un couple d’amis m’a aidé à en sortir également une version française.
A l’automne 2020, j’ai rencontré une infirmière résidant à Antibes, et cela s’est transformé en une histoire d’amour de courte durée ; j’étais prêt pour cette nouvelle étape de la vie après avoir réparé mon cœur défaillant. Au vu des mois précédents, cela ne pouvait certainement pas faire de mal d’avoir une infirmière à proximité ! Cependant, début 2021, elle a brusquement cessé tout contact lorsqu’elle a vu que je semblais bien tenir à elle. Six mois se sont ensuite écoulés jusqu’à ce qu’elle me recontacte cet été et me demande si je souhaitais la revoir. Bon, je le voulais. Mais tout d’abord, je suis parti naviguer en Grèce avec un ami hollandais. A mon retour, elle paraissait semble-t-il avoir résolu son problème : elle avait, dit-elle, trouvé du travail près de chez moi et paraissait prête à tourner le dos à Antibes. Elle expliquait que la distance (3 h 30 de route entre nos lieux respectifs de résidence) avait contribué à mettre fin à notre relation initiale. Nous avons discuté et eu l’idée de chercher un endroit où rester ensemble, sachant également que ma chambre étant déjà petite pour une seule personne était donc encore moins habitable pour deux. Nous avons finalement trouvé une maison qui remplissait toutes les conditions idéales et avons déménagé toutes les choses utiles dans cette nouvelle habitation ; ma pièce d’Alès ne servirait désormais « que » d’atelier pour peindre et stocker mes œuvres. Cette nouvelle aventure à deux a pourtant en partie échoué. En effet, pour toutes sortes de raisons, ma partenaire s’est très vite effondrée moralement et a choisi de reprendre ses affaires pour rester un moment en famille à Lyon, tout en annulant du même coup son nouveau travail à proximité.
Mon voyage autour de ma chambre s’est par là même en grande partie terminé puisque j’habite désormais une vraie maison avec terrasse, un petit jardin, chambre d’amis et une pièce à vivre très agréable. De cette façon, la pandémie peut continuer si nécessaire !
La contrepartie, c’est que je dois essayer absolument d’augmenter mes revenus, et je m’y emploie comme un fou, si je veux pouvoir payer le loyer et les frais associés chaque mois. Pour commencer, j’ai converti tous les éclairages en lampes LED qui consomment peu d’énergie, et je ne chauffe que le salon. Chaque petit geste compte !

Geen opmerkingen:

Een reactie posten